Messia an 403 AUC (convertir une date)

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Documentation version 4

faresc

Rappel : Cette page a été rédigée par des joueurs du Territoire de Kiponie. En conséquence, il est possible que certaines informations soit erronées ou non mises à jour. Si vous remarquez une erreur ou un oubli, n'hésitez pas à modifier la partie correspondante.

1. Présentation de l'auteur

Dernière édition : Diona an 227 AUC
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Dame Faresc surnommé "Dame p'tite fleur" (vous devinez pourquoi), apprend le métier de rédactrice grâce à Bibitricotin et travaille durant des années "Au Gypsien". Elle a écrit de nombreux articles et aussi plusieurs séries de récits aventureux. Deux récits en co-écriture avec Lundi (devenue Juge de Kiponie) sa filleule. Tout d'abord Rencontres, puis La magicienne ce qui lui a donné le goût d'écrire des aventures qui mêlent la vie du Territoire et l'imagination.

Elle ouvre son journal en Nevea 156 : Alternative Magazine.

Elle y créera deux nouvelles aventures : "Le nouveau monde"et "Le Territoire".
Création de la "Grande Légende" en l'an 220
Toujours prête à lever la plume ! Son domaine d'écriture est très varié et éclectique.

2. Naissance d'Alternative Magazine

Dernière édition : Nevea an 185 AUC
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Information sur l'article
Nom de l'articleAuteurDate de parutionJournalNoteCommentaire
INAUGURATIONFarescNevea an 156Alternative




INAUGURATION



C'est devant l'entrée du journal "Alternative" que Dame Faresc avait dressé le petit podium fait de quelques planches. Nerveusement elle monta dessus et déroula son parchemin. Il faisait froid en ce Nevea 156 et le vent venant de l'Est n'arrangeait rien. Le petit groupe se tenait face à elle, presque serrés les uns contre les autres, ce qui la fit sourire. Devant cette foule peu nombreuse, surtout composée d'amis et de quelques curieux, elle commença son discours.

"Nul besoin d'un nouveau journal me direz-vous ? Sans doute, le silence ce fit.

Que disent les livres anciens sur la signification du mot "Alternative" ?

D'une part c'est l"option entre deux choses, entre deux propositions". C'est donc non pas deux, non pas trois, non pas quatre, mais cinq propositions de lecture qui vous sont désormais offertes. Vous avez le choix entre quatre publications pour poster vos articles et développer vos talents d'écrivains. La Kiponie vous gâte ! Elle tenta de détendre l'atmosphère avec cette remarque et y parvient à moitié, car elle vit quelques regards rieurs.

Les journaux de mes confrères sont très prolifiques. J'avoue que ma place sera certainement modeste au milieu de ce paysage journalistique. Cependant, l'envie est trop forte. Je ferai taire les détracteurs en rappelant, que si les journaux de Kiponie ont bien changé, ils en existaient bien plus par le passé, puisque chaque cité avait le sien.

Dans notre équipe de rédaction, nous rêvons de vous offrir un "ton" différent. Un jeune colon veut nous faire partager son arrivée ; et bien nous l'aiderons à narrer son aventure. Un écrivain souhaite publier ses contes et nouvelles qu'il raconte à la veillée, nous l'aiderons également. Si des projets de concours d'écriture sont en gestation dans les Comités des fêtes , nous répondrons "présents" ! Nous pourrons même à l'occasion en créer. Et si en fin de labeur vous avez un peu de temps et ne savez que faire, nous vous proposerons quelques divertissements.

Nous avons du travail à accomplir pour vous plaire et pour ce faire nous relevons nos plumes ! dit-elle en riant.

C'est donc avec une grande émotion que j'annonce l'ouverture et la distribution d'Alternative magazine ! Dame Faresc coupa le ruban qui avait été placée face à la porte


Elle entendit Laufa qui criait : "longue vie à Alternative" et en écho Lundi qui reprit "longue vie à Aternative !". Tous les amis étaient présents. Les curieux lui firent des sourires, mais attendaient le journal, elle en était certaine. Les tonneaux de cervoises chaudes étaient servies sur la table pour les convives et l'ambiance devint très détendue.

Il restait à Dame Faresc et à son équipe de rédacteurs à trouver une place dans le paysage journalistique de Kiponie.

3. Ses articles

Dernière édition : Helia an 217 AUC
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TROUVER TOUS SES ARTICLES

SES TROIS PREMIERS ARTICLE:

Le départ des lougres
Mes premiers pas à l'APP. (l'Aide aux Premiers Pas
Mais où se cache l'art en Kiponie

4. Le nouveau monde

Dernière édition : Nevea an 185 AUC
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Pluvea 157 (récit aventureux)

LE NOUVEAU MONDE




Chapitre 1
Le départ


Charles, jeune paysan, avait femme et enfants. La vie dans son pays était très rude. Cela n'avait pas toujours été comme ça. Il avait connu sa région clémente et agréable à vivre, mais la situation se dégradait de jour en jour. Pour des raisons qu'il ne s'expliquait pas les saisons avaient changées. Les hivers étaient de plus en plus froids et plus courts. La période chaude était de plus en plus longue et les températures de plus en plus élevées. Le soleil brûlait sur la peau et les récoltes souffraient du manque d'eau. Combien de fois avait-il prié pour que le soleil ne brûle pas la moitié de ses récoltes? Il ne pouvait le dire.

Grâce à sa vigilance il était parvenu à avoir une récolte suffisante pour l'hiver mais pas de surplus à vendre sur le marché. Les temps étaient vraiment de plus en plus durs. Il avait peur qu'un jour ses enfants ne puissent plus manger à leur faim.

Depuis quelques jours l'épouse de Charles et ses enfants étaient malades. Il avait entendu dire au village qu'une épidémie décimait la population. Les remèdes n'avaient pas d'effet sur cette maladie. Loin derrière le village un grand trou avait été creusé pour y déposer les dépouilles noircies par le mal inconnu.

Il ne savait que faire pour soulager sa chère aimée et ses enfants. En les regardant, souvent il hochait la tête, frappé par la fatalité.

Son fils ainé mourut le premier. Il était pourtant robuste et l'aidait souvent aux champs. Il le pleura, mais déjà en lui il savait que ce n'était pas le dernier. Puis le jour suivant sa femme et sa fille cadette fermèrent les yeux à tout jamais. Charles curieusement n'avait aucun symptôme et il s'interrogeait souvent à ce propos.

Le bébé ne présentait encore aucun symptôme lui non plus. Pourtant, il le pressentait, son sort aussi en était jeté.

Trop de larmes versées, trop de souffrances. Il décida de réunir quelques affaires et d'aller au port où peut-être il y trouverait du travail à bord d'un trois mâts. Il confia le bébé à sa sœur dont le village n'était pas encore touché par l'épidémie et lui promit de revenir au plus vite.

Charles fit le tour de chaque bateau, mais les marins lui riaient au nez car il n'avait aucune expérience. Il fallait pourtant qu'il tente sa chance dans le « nouveau monde » dont on lui avait tant parlé à la taverne.

Un soir n'y tenant plus, il grimpa la passerelle d'un voilier avant qu'elle ne fut relevée. Il se hissa dans un canot de sauvetage et se cacha sous la bâche. Il ne connaissait pas la durée du voyage et se rendit vite compte qu'il n'aurait pas assez de provisions et d'eau pour tenir plus de trois jours, mais rien ne le ferait descendre, non rien.

Il s'installa dans la barque, son sac sous la tête et s'endormit. Quand il se réveilla, il n'avait aucune notion de l'heure. En soulevant la bâche il s'aperçut que l'aube se levait. Un frisson lui traversa tout le corps, le bateau prenait la mer et Charles était à son bord.




*************



Prairial an 157 :







Chapitre 2
La rencontre


Les deux premiers jours furent très pénibles pour Charles, il devait lutter contre des nausées incontrôlables à tel point qu'il se crut atteint de la maladie qui avait emporté sa famille. N'osant sortir pour s'aérer, il attendait la nuit pour lever la bâche et respirer l'air chargé d'embruns.

La faim commença à le tenailler. Il avait encore un peu d'eau mais quelques gouttes seulement. Il fallait qu'il agisse.

Il avait remarqué que chaque matin une équipe d'une dizaine de matelots passait le torse nu, les pieds nus, un pantalon arrivant jusqu'aux genoux et un bandeau dans les cheveux, pour prendre leur quart comme ils disaient. Ne comprenant absolument rien au langage de marin, il avait peine à savoir ce qu'il devrait faire s' il parvenait à se mêler à eux.

Il prépara sa tenue pour le lendemain. Attendit que le petit groupe passe, sauta de sa cachette et suivit le groupe. Soudain les uns partirent à droite, les autres à gauche. Ne sachant quelle direction prendre il s'arrêta un instant.

« Qu'est-ce que tu fait planté là ? Dit un homme fonçant vers lui
Charles essaya de réfléchir le plus vite possible et décida de ne rien dire. Il serait muet.
- tu vas me répondre triple buse ? L'homme vociféra de plus belle. Qui m'a fichu un benêt pareil ? Comment t'appelles-tu ? Tu vas répondre non d'un chien !

Charles resta pétrifié. Un jeune homme descendit d'un cordage et se mit entre l'homme et lui.
« Il est muet, sir !
- muet ? Mais qui a osé mettre un muet dans mon équipe ?
- Il était aux cuisines, reprit le jeune homme, mais il était si maladroit que le cuistot n'en veut plus.
- Quoi ? Je n'en crois pas mes oreilles. Bon qu'il prenne le seau et le balai et qu'il astique le pont au moins il ne restera pas planté là ! Quel est ton nom et quel est le sien ?
- Je me nomme John, John Dogan Sir et lui c'est, il parut réfléchir, c'est …
- C'est qui ? Tu vas me le dire son nom ?
- Il s'appelle Philibert Renard, dit John avec empressement. Le gros homme se mit à rire :
- c'est pas un nom ça Philibert Renard, elle est bien bonne. Bon tu répondras au nom de Phil, tu me comprends au moins ? Dit-il en regardant Charles.

Charles faillit répondre « oui », mais se retint et fit signe de la tête.

John se retourna vivement vers Charles.
- Phil, m'en veux pas si c'est pas ton nom, chuchota-t-il, prends vite le seau et frotte. On se revoit à la relève. Allez bouge-toi ! »

En fin de matinée, alors qu'il avait frotté, briqué de toutes ses forces, la faim le tenaillait et il avait des vertiges.

"Phil amène- toi! cria John. Puis en baissant la voix, c'est l'heure de la soupe, on ira chercher tes affaires tout à l'heure. Je vais te montrer ta couchette.
Charles chuchota, mais tu..
-Tais-toi malheureux le coupa John, on parlera plus tard. Fais attention, les autres ne disent rien mais ils se demandent tous d'où tu sors.
Charles comprit l'avertissement. Il suivit. Ils descendirent vers le réfectoire. Il se plaça aux côtés de John et sauta presque sur le pain et la soupe. Il mangeait goulûment avec des gestes si vifs que John lui mit la main sur le bras « tu attires l'attention, mange doucement ». Charles leva la tête et remarqua que tout le monde l'observait.

Repu et installé par John dans la couche au dessous de la sienne, ils partirent tous deux récupérer son sac dans la canot.

John l'attira dans un coin du bateau où personne ne pourrait les entendre. « Alors raconte moi comment tu es arrivé ici. Je t'ai repéré l'autre matin lorsque tu nous regardais passer quand tu étais caché dans le canot »

Charles se présenta et raconta les derniers jours qu'il venait de vivre.
« Et bien, désolé pour ta femme et tes enfants. Ne m'en veux pas pour le nom mais tu me fais penser à mon oncle Philibert et tes cheveux roux m'ont fait penser à un ...renard et il éclata de rire. J'avoue que je me demande comment le « major » comme il se fait appeler a pu croire que tu t'appelais vraiment Philibert Renard ah! Ah! Ah! .
Charles lui sourit: pourquoi m'aides-tu?
- rien de mal à aider son prochain il me semble.
- Vers quel pays va le bateau, vers le « nouveau monde »? demanda Charles anxieux
- « le nouveau monde »? j'aimerais bien mais notre commandant est obsédé par un « Territoire » cela fait la troisième expédition du genre, il veut absolument le trouver!
Viens on retourne avec les autres! Et n'oublies pas tu es muet »

Les deux nouveaux amis se mêlèrent aux autres, les parties de cartes avaient débuté.

Charles se mit dans un coin à l'écart et se demanda , ce que pouvait être ce « Territoire ».




*************



Vertumna an 157





Chapitre 3
la licorne


Les jours passèrent, puis les mois. Une fois, ils allaient vers l'Est, puis plus au Nord, au Sud, à l'Ouest... Une vraie girouette ce bateau ! A bord de « l'Aigrette » tout le monde en riait. Les commentaires fusaient « Il a dormi la tête à l'envers le capitaine, on fait demi tour ! » C'était à celui qui riait le plus fort.

La suspicion à l'encontre de Charles avait très vite fait place à une indifférence totale pour l'ensemble de l'équipage, sauf pour le « major ». Il avait sans doute demandé au cuistot pourquoi il avait expulsé son commis et avait dû découvrir de « commis » il n'en avait jamais eu. C'est pourquoi John avait très vite compris qu'il fallait qu'il apprenne à Charles tout ce qu'il connaissait, les termes spécifiques, les techniques des nœuds, car il se doutait qu'un jour le « major » le mettrait à l'épreuve.

Charles apprenait vite. Il aimait les soirées au clair de lune passées sur le pont à discuter avec John. John avait cet enthousiasme qu'il avait connu chez son fils, d'ailleurs il était à peine plus vieux. Ils furent très vite liés par une grande amitié solidaire. Un soir que Charles était assis sur le pont près de la proue, il vit arriver John, deux pipes à la main.

« Tu fumes mon ami ? , dit-il en souriant,
- non pas vraiment, le tabac est beaucoup trop cher pour moi.
- cadeau du Capi mon ami ! Allez, tiens, bourrons nos pipes et fumons sous les étoiles !
Ils fumèrent un moment dans un silence ponctué par quelques toux de Charles qui n'avait pas vraiment l'habitude du tabac. Il pensait toujours à ce fameux « Territoire ». Il n'osait pas trop interroger son ami jusqu'au jour où celui-ci lui raconta sa venue à bord.

« Comment es-tu arrivé ici John ? Tu as toujours été marin ?
- ah ! Ça non ! éclata-t-il de rire. Je suis fils de charretier. Mais le père avait tendance à chauffer dès qu'il buvait un peu trop et à me donner de la ceinture, alors je me suis sauvé et j'ai traîné sur les quais. Je mendiais mon pain et ne mangeais pas toujours à ma faim. Un jour le Capi est passé, il recrutait pour son premier voyage et n'était pas trop regardant sur les compétences. J'ai dit oui, les voiliers m'ont toujours fait rêver ! Le Capitaine m'a formé. Il est gentil ; plus sympa que son père. Son père a l'air d'un vieux fou et c'est pour lui qu'il fait tout cela. On raconte que le vieux a déjà vécu sur le « Territoire » et qu'il veut y retourner.
- Mais tu en sais plus sur le « Territoire » ?
- En fait le Capi a voulu m'apprendre à lire et donc je suis monté à la dunette chaque jour de mon premier voyage. Sur son bureau, il y avait le journal du père. Sur la couverture, il avait dessiné un cheval avec une corne sur le front. Il paraît qu'il y en a sur le Territoire et bien d'autres choses étranges. Mais lorsque j'ai posé des questions au Capi, il m'a juste dit que son père avait été retrouvé avec ce journal errant sur les quais il y a maintenant plus de vingt ans et que depuis il ne rêvait que d'y retourner. Mais rien de plus.
- Tu crois que le livre y est encore ?
- Sans aucun doute il ne quitte jamais le vieux fou !»

Charles était très intrigué, comment un cheval pouvait avoir une corne sur le front. Mais pour l'heure, il avait d'autres soucis. Par deux fois le major lui avait demandé de refaire des nœuds juste pour voir s'il savait les faire et il se demandait la prochaine fois ce qu'il allait inventer pour le mettre en défauts. Cette nuit-là, il dormit d'un sommeil agité. Au petit matin la cloche sonna, ils allaient encore changer de cap et ces manœuvres-là Charles les craignait.

Il arriva sur le pont et le major se planta devant lui et dit d'un air narquois :
« mon cher Phil, dit-il en ricanant et continua en levant la voix pour que tous l'entende. Grimpe à la barre de perroquet du grand mât »

John essaya de s'interposer et dit : « j'y monte major ! »
Le major se retourna plus vif qu'un cobra en train d'attaquer : « Toi mon gars tu restes ici ! On va voir si en chutant il reste muet ! »

Charles s'arrêta net et obtempéra, posa la main sur l'épaule de John pour le rassurer et se dirigea vers le filet. Il avait tant de fois regardé John monter comme une araignée sur sa toile et grimper au mât pour atteindre la barre, admiratif de voir l'agilité du jeune homme. C'était son tour.

Ce n'est pas sans appréhension qu'il posa la main sur le grand filet mouvant. Il entendit le major lui crier : « tu nous diras ce que tu vois là-haut ! Enfin tu nous feras des signes ! » et son grand éclat de rire le fit frissonner .

Il n'avait pas le choix ; il devait le faire. Il posa une main puis deux, puis plaça un pied et pris appui sur celui-ci pour mettre le second. Son ascension commença. Il n'osait pas trop regarder en bas, il sentait tous les regards tournés vers lui. Il progressait lentement, mais il progressait. Il finit par atteindre la barre, la saisit à pleines mains et essaya de s'y asseoir comme le faisait John. Son pied glissa et il lâcha une main, mais resta muet. Il entendit un « ah ! » montant jusqu'à lui et reconnu John qui lui criait « agrippe-toi tu y es presque ! ». Il perçut aussi le ricanement du major. Lorsqu'il parvint à se rétablir et qu'il fut assis sur la barre et tourna un bout autour de son bras comme il avait appris, il regarda devant lui. Il aperçut une bande noire sur l'horizon. Pouvait-il s'agir de la terre ? Le paysage était d'une telle beauté qu'il en oublia ce qui se passait au sol. Le soleil faisait briller la surface de l'eau de milliers d'éclats, la mer était d'un bleu profond. Il fut sorti de son ravissement par la voix du major qui paraissait contrarié.

« Descends de là, tout de suite ! Tu ne crois pas que tu vas lézarder ! » et dans le même temps il entendit « Terre ! Terre ! ». Tout le monde espérait un accostage car il était loin le temps où ils avaient mis pied à terre.

Charles s'attarda un peu et finit par redescendre avant que le major ne l'invective de nouveau.





*************


Frodea an 157





Chapitre 4
Le livre


Le premier jour il régna une grande agitation à bord. Tout le monde avait l'espoir de prendre un peu de repos sur la terre ferme. Le capitaine avait fait jeter l'ancre de l'Aigrette et tous étaient en attente.

Soudain sur le pont de la dunette ils virent apparaître le capitaine. Dans la foule de marins réunis au pied du pont il y eut un murmure « C'est le capitaine Cosmo ! », puis le silence.

« Major Rifley ! Que l'on mette une chaloupe à la mer ! Prenez cinq hommes et faites-moi un rapport au plus vite sur ce que peut nous offrir ce lopin de terre !
- Oui mon capitaine ! Toi ! Toi ! Toi ! Et toi là-bas ! Allez plus vite que ça!
Les marins criaient : « chaloupe à la mer! Chaloupe à la mer ! »
John n'avait pas été désigné et Charles essaya de le voir pour comprendre ce qui allait se passer maintenant. Il jeta un dernier coup d’œil à la dunette et il vit le capitaine faire volte face et s'en retourner dans sa cabine.

Lorsqu'il retrouva John, contrairement à tous les autres, il avait l'air bien calme.
« Que va-t-il se passer ? demanda Charles, en regardant alentours si personne ne pouvait les entendre.
- Le major et ses hommes vont en repérage. Tout d'abord voir si nous sommes arrivés sur une terre habitée, hostile ou non, et surtout voir si quelques gibiers ne pourraient pas compléter notre ordinaire. Si c'est le cas tout le monde descend et là on va pouvoir se reposer
- Aucune chance pour que cela soit le « nouveau monde » dit Charles déçu.
- Aucune mon bon Phil ! »

Leur conversation s'arrêta là car un homme approchait. Ce dernier s'adressa à John « une partie de cartes ça te dit ? L'attente va être longue. Et toi Phil tu viens ?»

Charles fit « non » de la tête. Il commença à ne penser qu'au « Territoire » et principalement au journal du commandant. Il fallait qu'il le voit. Si tout le monde descendait du bateau, il en profiterait pour se glisser dans la cabine. C'était un gros risque mais il devait savoir.

Au bout du troisième jour la chaloupe revint. Pendant que le Major montait voir le capitaine, les hommes racontèrent ce qu'ils avaient vu au reste de l'équipage. «C'est une île! Il y a de tout mais pas âme qui vive ! La plage est magnifique et il sera facile d'y établir un campement. Je pense aussi qu'il y a du gibier, on va pouvoir reprendre quelques kilos »

Dans un semi silence les hommes attendaient l'apparition du Capitaine Cosmo. La porte s'ouvrit et avec le major à ses côtés, les mains posées sur la rambarde du balcon il commença un petit discours.

« Cela va bientôt faire huit mois que nous naviguons sans relâche. Nous allons faire escale ici pendant un mois si tout ce que me rapporte le major se vérifie. Que tout le monde quitte le navire ! Je prendrai la dernière chaloupe avec mon père une fois que la tente sera dressée. Exécution ! »

Le Capitaine Cosmo avait une voix beaucoup plus douce qu'il ne voulait la faire paraître. On sentait qu'il n'y avait pas une once de méchanceté en cet homme.

Le grand départ vers l'île commença dans une grande cohue. Peut-être, était-ce l'occasion pour Charles de tenter quelque chose.

En fin de journée les premières chaloupes quittèrent l'Aigrette. L'idée de Charles était simple ; attendre que le Capitaine et son père embarquent pour monter à la dunette, quitte à gagner la terre à la nage s'il ratait la dernière embarcation.

Une fois le Capitaine en mer, Charles monta et trouva la porte de la cabine ouverte à sa grande surprise. Il entra, regarda partout, mais le lieu étant bien trop rangé, il comprit que tout avait été emporté dans les coffres qu'il avait vu passés quelques temps auparavant. Il ragea.

Il parvint malgré tout en se hâtant à monter dans la dernière chaloupe.

Des abris de fortune avec des branches en forme de préau avaient été construits pour les hommes d'équipage à l'écart des grandes tentes du Capitaine et de son père. Le Major quant à lui dormait sous un préau personnel.

La vie sur l'île s'organisa. Les uns allaient à la pêche, d'autres à la chasse, le gibier sur les broches au dessus des feux laissait planer une douce odeur alléchante. Certains se baignaient , d'autres reprenaient leurs parties de cartes, de dés dans une bonne ambiance. Quelques bagarres éclataient pour des histoires de tricherie mais dans l'ensemble chacun profitait de ces instants à terre.

Charles observait à longueur de temps la tente du Capitaine. Il n'avait qu'une obsession y entrer.

Il rôdait comme un fauve autour de sa proie. Une soir où le Capitaine mangeait avec son père sous l'auvent, il passa par l'arrière et réussit à se glisser à l'intérieur. Un bougeoir éclairait le bureau et à la lueur des flammes vacillantes il vit un livre entouré d'une peau de cuir pour le protéger. Il allait le saisir lorsqu'il entendit derrière lui.

« Et bien que faites-vous là ?
Il se retourna lentement, c'était le Capitaine Cosmo. Il lui demanda : "ce livre t'intéresse on dirait ? Charles ne disait mot. « Charles, c'est bien cela ? Questionna le Capitaine.
Charles surpris et sur la défensive recula d'un pas . « Comment connaissez-vous mon nom ?
- John est un bavard! Il ne pourrait pas jouer les muets comme toi. Tiens, assieds-toi.
Charles n'osait bouger.
« je sais tout, continua le Capitaine, John est plus qu'un matelot ici, il est comme mon fils tu sais. Je l'ai recueilli mais il a dû te le dire. C'est une vrai pipelette. Finit-il en souriant. Alors pourquoi t'intéresses-tu au journal de mon père ? Ce n'est vraiment que l'histoire d'un vieux fou. Tu sais lire au moins ?»
Charles se redressa et dit fièrement : "mon père m'a appris!"
- bon, alors ouvre-le et regarde un peu les premières pages tu vas comprendre."

Le capitaine bourra sa pipe et s'installa confortablement. Charles enleva le lacet qui entourait le livre et découvrit la première page. Il y avait effectivement ce que l'on appelait une licorne sur la couverture.

Charles l'ouvrit et y découvrit des conseils en agricultures, en maçonnerie et autres ateliers. On y parlait d'élevage aussi. Il y avait bien une carte avec des voies navigables et des voies terrestres, mais point de carte pour trouver le Territoire. Lorsqu'il leva la tête, le capitaine avait terminé sa pipe et les bougies étaient presque arrivées à leur terme.

« Qu'en penses-tu ? Avant que tu ne me répondes je vais te raconter quelque chose. Mon père a disparu en mer durant plus de trois années. Lorsqu'il est revenu, il était à bord d'un autre bateau, ce qu'il appelle « lougre » et disait à qui voulait bien l'écouter qu'il avait vécu plus de soixante ans dans ce pays: la Kiponie. Personne ne le croyait bien évidemment, les médecins ont fini par dire qu'il avait perdu la tête. Jusqu'au jour où j'ai trouvé ce livre et si l'on compte en années kiponaises ce pourrait très bien être vrai.
- mais alors ce n'est pas votre père mais vous qui cherchez le Territoire ?
- oui, jeune homme. Parce que mon père vit encore là-bas en quelque sorte. Et si je ne parviens pas à l'y reconduire, c'est dans un asile qu'il finira ses jours. Es-tu satisfait, Charles ?
- heu ! Oui Capitaine Cosmo.
- Alors laisse-moi maintenant et surtout continue d'être muet »





*************



Eolia an 158





Chapitre 5
Le naufrage

L'équipage de l'Aigrette resta près d'un mois sur l'île, rien ne le forçait à partir. Toutefois, après trois jours de pluie consécutifs, le capitaine Cosmo jugea qu'il était temps de repartir surtout que les bagarres se faisaient plus nombreuses. L'oisiveté n'était pas toujours bonne au sein d'une équipe.

Charles avait profité de chaque soirée pour lire un peu plus du livre à la licorne et il en savait bientôt autant que le capitaine lui-même. Cosmo l'avait laissé faire car il aimait sa compagnie. Ils discutaient un peu de tout : politique, économie, agriculture ...

Tous les matins, Charles racontait à John ce qu'il avait lu la veille et le commentait. Il n'avait qu'un objectif en tête ; convaincre son ami qu'il fallait trouver le « Territoire ».

« John, imagine-toi que lorsque tu arrives, tu reçois une bourse pour te construire une cabane, manger et te vêtir. Ensuite, tu peux apprendre des tas de métiers comme maçon, menuisier, plâtrier et même aller à l'université ! Bien sûr, au début, tu commences par travailler aux champs pour les agriculteurs déjà installés, mais, par la suite, tu as le droit d'acheter une parcelle ! Puis deux ou trois si tu veux. Tu as même le droit de vote pour élire ton Edile ! Les voyages sont autorisés à cheval ou en charrette pour faire du commerce ! C'est une terre où tu peux évoluer socialement, je pourrai faire venir mon fils, tu te rends compte que....

- arrête-toi un peu, le coupa John. C'est une illusion ce « Territoire » . Il n'existe pas. C'est un vieux fou qui l'a imaginé. Allez viens, l'équipe nous attend pour porter les coffres ! »

Sur le bateau, la vie reprit son rythme. Les levés aux aurores, les corvées et les éternelles parties de cartes. Charles ne pouvait plus voir le livre, car il lui était interdit de monter à la dunette.

Depuis leur départ : cap vers le Sud ! La pluie n'avait cessé de tomber. Le vent commença à souffler et l'Aigrette prit rapidement de la gîte vers bâbord, car le grain commençait à se déplacer. Le bois craquait et les voiles claquaient. Le vent qui s'engouffrait dans la voilure faisait un bruit assourdissant. Les vagues venaient mourir et passaient par dessus le bastingage et ruisselaient sur le plancher du pont. Parfois le navire montait sur une vague à tel point que les hommes d'équipage devaient s'aider de leurs mains pour avancer en montant vers l'avant de l'Aigrette. Ils essuyèrent du gros temps durant trois jours sans relâche, puis soudain le calme.

Les deux amis s'étaient peu vus ces derniers jours. Ils étaient épuisés, car il n'avait pas été question de dormir.

"Alors qu'en penses-tu Phil ? La mer n'est pas toujours un cadeau ! S'esclaffa-John
Charles le regarda et lut dans son regard une insouciance totale.
- nous en sommes sortis tu crois ?
- pour l'heure oui ! Il nous faut dormir un peu, la tempête peut reprendre"

Le calme fut de courte durée. Le vent avait viré et la tempête avait repris avec une force dédoublée. Charles tomba de son hamac. John le secoua : "Vite! Réveille-toi, on y va".

Lorsqu'ils arrivèrent sur le pont, ils virent une vague à bâbord qui s'élevait au-dessus du bateau. Lorsqu'elle retomba avec force et fracas elle balaya les marins qui étaient sur le pont. Charles perdit l'équilibre et glissa sur le dos et se claqua sur une barrique. Lorsqu'il se releva un nouveau "mur d'eau" se dressait devant lui. Il avait l'impression que le bateau tournait sur lui-même et il entendit crier : "C'est un ouragan !" Il était impossible de se tenir face au vent. Les énormes vagues déchirèrent les voiles. Le navire allait être emporté par la tempête, les vents ne faiblissant plus.
Soudain, il entendit un grand craquement, l'un des mâts venait de se rompre et celui-ci s'abattit sur la dunette. Puis un second craquement et le grand mât coupa le pont en son milieu. Le navire donnait l'impression de se plier.

Charles cria : "John ! John !"
Il l'aperçut s'entourant d'une corde et s'agrippant à une longue planche. John fit signe à Charles "amène-toi". En allant vers son ami, Charles vit des marins essayant de mettre les chaloupes à l'eau, mais l'une, d'elle se décrocha et s'écrasa sur eux. Il entendit leurs cris de douleur.

Charles avançait au rythme des vagues qui s'écrasaient sur l'Aigrette. Le temps que la vague se formait, il faisait quelques pas péniblement et il courbait le dos lorsque l'eau s'abattait sur lui. Ruisselant et à bout de forces, il arriva près de John.
"Arrime-toi, à quelques choses qui flotte ! Nous allons couler !" Cria ce dernier.

Le bateau allait chavirer aucun doute là-dessus. Il penchait à chaque fois un peu plus.

Une vague énorme s'abattit de nouveau et embarqua John et Charles accrochés à leur morceau de pont. Ils furent projetés par dessus le bastingage et tombèrent à l'eau.

Charles avant de sombrer avait respiré à pleins poumons, bloqua sa respiration lorsqu'il entra dans l'eau et attendit. Comme pris dans un tourbillon il s'enfonçait, puis soudain se sentit tiré à la surface. La vague le fit monter très haut et il aperçut le bateau qui venait de se fracasser sur un récif. Puis il vit John dans la même situation que lui. A voir la direction de la vague ils allaient eux aussi venir mourir sur le récif. Lorsqu'il fut projeté en avant ses dernières pensées furent pour son fils resté au pays et pour ce fameux « Territoire » qu'il ne verrait jamais. Soudain l'obscurité.




*************


Helia an 158





Chapitre 6
Le Territoire


C'est le froid du matin qui réveilla Charles. Sa chemise était déchirée.
« John, tu es là ? » cria-t-il en se relevant. Il faillit tomber sur le gros coffre à demi enfoncé dans le sable. Surpris par son environnement, il avait du mal à rassembler ses souvenirs. Des mots lui revenaient « John? », mais qui était John ?
« L'Aigrette ? » L'Aigrette était le bateau sur lequel il avait embarqué, de cela il en était certain. Il sautait d'un pied sur l'autre pour avoir un peu moins froid. Il finit par ouvrir le coffre espérant y trouver des choses utiles.
Après avoir soulevé le lourd couvercle, il découvrit surtout des livres et tout au-dessus un livre où était dessinée une licorne. D'instinct, il le prit et décida de quitter la plage.

Il aperçut une ville. A la sortie de celle-ci, il vit des hommes à cheval charger de lourds sacs de graines et même des charrettes achalandées au maximum de leur capacité. Les hommes lui sourirent et se regardèrent d'un air entendu.

Charles serrait son livre contre sa poitrine, les bras croisés. Il vit ce qui devait être une taverne et décida d'y entrer. Le vent s'engouffra lorsqu'il ouvrit la porte. A l'intérieur, on sentait la douce chaleur d'un bon feu de bois.

C'est par un grand sourire qu'il fut accueillit.
« Bonjour ! Quel est ton nom ?, lui dit une belle jeune fille.
- Heu ! Heu ! Je m'appelle Cheu....., il avait du mal à rassembler ses esprits et cria presque, je me nomme Fox !
- Bienvenue Fox ! Moi c'est Orianna et j'ai quelque chose pour toi. Tiens, voici ta bourse, je t'attendais justement.
- Une bourse pour moi ?
- Bien sûr ! Tout le monde reçoit une bourse en arrivant, tu sais. Tu dois te sentir un peu perdu, mais cela est normal. Bienvenue en Kiponie ! dit-elle en riant.
- Je.... merci, Orianna. Il prit conscience de l'état de sa chemise devant cette belle jeune femme. Je suis confus mais où puis-je trouver de nouveaux vêtements ?
- Tu vas aller sur le marché dans la rue juste à côté. Tu y trouveras un marchand de tuniques et un peu plus loin une auberge où tu pourras manger. Il faut surtout bien te nourrir pour ne pas perdre ta santé. Mais je vois que tu dois être bien informé, tu as la chance d'avoir le livre du savoir : « la licorne de Kiponie »
Il regarda le livre qu'elle désignait.
- Je ne sais pas. Je l'ai trouvé là-bas sur la plage. Suis-je le seul à m'être échoué sur cette plage ?
Orianna parut surprise, mais lui répondit :
- Non, non Cosmo est arrivé à Pyrrit, Phil à Islandsis et toi à Kipie. C'est vrai que vous étiez sans doute sur le même bateau, dit-elle pensive.
- Ah ! Merci, mais cela ne me dit rien.
- C'est normal, dit-elle calmement, tu subis les effets de l'amnésie qui entoure notre Territoire.
-Territoire tu dis ? Mais Fox oublia aussi vite ce que cela signifiait pour lui. Bon je vais au marché, merci.
Orianna eut à peine le temps de lui donner un dernier conseil :
- N'oublie pas de prendre un emploi, les semailles sont commencées. Prends donc un emploi d'agriculteur cela apporte le bonheur ! »

Lorsqu'il sortit, il se hâta d'acheter une tunique pour se présenter à un employeur éventuel. Avant toute chose, il fallait qu'il mange un peu. On lui servit une viande fort savoureuse et il but une cervoise qui laissait un petit goût d'orge en bouche. Soudain, près de lui, un jeune homme ria et il eut une vision en un éclair : l'Aigrette, le sourire de John et le capitaine. Il pensa aussitôt à ce que lui avait dit Orianna. Il n'était donc pas arrivé seul, il se devait de retrouver ce Phil et ce comment déjà ...Cosmo.
Il devait maintenant trouver un travail et surtout un toit.

En sortant il croisa une belle renarde au pelage soigné :
« Bonjour, je me nomme Kiponette, tu es nouveau, n'est-ce pas ?
Un peu éberlué de parler à une renarde il répondit cependant : "oui, moi c'est Fox.
La renarde avait l'air pressé, je t'envoies un pigeon pour te donner quelques petits trucs pour tes premiers pas en Kiponie » La renarde n'attendit pas sa réponse.

Fox se demanda ce qu'elle voulait dire par « pigeon » mais il comprit très vite que tous les oiseaux qui virevoltaient au-dessus de lui apportaient des messages à leurs destinataires. D'ailleurs, l'un d'eux vint se poser sur son épaule. Il déroula le message. C'était une invitation de Kiponette à se rendre dans un groupe de jeunes colons et le conseil suivant : achète vingt planches pour te faire une cabane ! .

Après un mois dans les champs, Fox avait beaucoup appris. Il tenta la pêche, la châsse et il commença sa formation de maçon dans un atelier. Il songeait au voyage et économisait pour rencontrer ce fameux Cosmo qui habitait la cité voisine. Il n'avait pas osé lui écrire, mais il le ferait. Pour Phil cela serait plus difficile, car il lui faudrait un lougre.

Il passait souvent saluer Orianna à la taverne et assistait parfois à l'arrivée de nouveaux. Ses souvenirs de naufrage commençaient à s'estomper. Il s'intégrait peu à peu à la Communauté des Kiponais. Même si, parfois, il éprouvait une sensation de manque. L'impression d'avoir laissé un être aimé quelque part perdu dans le naufrage ou dans le monde d'où il venait, il ne pouvait le dire.

Fox était devenu Kiponais, installé sur le « Territoire » et n'était pas prêt de le quitter.

Fin

5. Le Territoire

Dernière édition : Eolia an 185 AUC
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Eolia an 162

Le Territoire

(Kipie: Capitale de Kiponie)

Chapitre 1
Premier pas dans la cité


Nous retrouvons Fox quelques années après son naufrage, qui eut lieu en Eolia 158, à Kipie devenue son lieu de résidence ; depuis maintenant quatre kipo-ans....

Fox avait fini par se trouver un bel endroit pour construire sa cabane. Il avait mis la porte vers l'Est afin d'avoir le soleil levant sur la devanture. La fenêtre de la pièce principale était tournée vers le Sud et celle de la chambre se tournait vers l'Ouest.

Après avoir quelques temps travaillé dans les champs des agriculteurs installés depuis longtemps, il économisa suffisamment pour s'acheter une parcelle. Il allait avoir son propre champ. Le choix était délicat. Il avait le choix se trouvant à Kipie d'y cultiver le chanvre, le blé et les pommes . Il avait observé durant plusieurs saisons dans quelle direction soufflait le vent, et comment étaient irrigués les sols. Il connaissait l'importance du climat sur les cultures. Il le savait, mais ne comprenait pas d'où venaient ces connaissances. Quoiqu'il en soit il arrêta son choix sur un champ non loin de son habitation afin d'avoir l'œil sur ses cultures.

Chaque soir, sa journée se terminait à la taverne. Il avait pris l'habitude d'y saluer Orianna. Il était d'ailleurs très affecté par le départ de celle-ci. La plupart des colons parlaient de "départ", mais certains parlaient de "suicide", et d'autres même affirmaient qu'elle reviendrait. Ne comprenant pas grand chose à tout cela, il préférait, à tout prendre, la croire en bonne santé dans une contrée lointaine. La joie de voir son sourire s'étant envolée avec elle, il s'y faisait plus rare.

Pour essayer de rompre sa solitude, il décida d'être un peu plus présent dans certains « groupes ». Il rencontra de nombreuses personnes aux caractères et à la nature diverses. Il s'était habitué à parler avec de nombreux animaux et même avec une statue. Cette statue lui parla de l'importance d'être "citoyen". Il voulait l'enrôler dans son parti politique. Mais de politique, Fox n'y entendait rien.

Il avait entendu parler des diverses manifestations à Lazul et à Islandsis contre les autocrates. Il avait lu la presse et avait pu se faire une idée et s'il devait choisir ; ses valeurs seraient démocrates.

Plusieurs articles avaient attirés son attention. Tout d'abord, et cela remontait à quelques temps, les articles de Dame Bibitricotin et dernièrement celui de Dame Faresc qui avait l'air de craindre la disparition du « citoyen ». Il se rappela qu'à son arrivée Kipie était gouvernée par l'autocrate Ice83. Mais il n'y avait pas eu tout le vacarme qu'il y a pour Lazul et Islandsis.

Pendant la grande révolte de Lazul, il avait pris l'habitude de regarder les colons qui partaient manifester pour faire tomber l'autocrate Sangoku. Il espérait y voir passer un visage connu. Il n'avait pas encore osé prendre un cheval pour rendre visite à Cosmo de Pyrrit.

Il se présenta donc devant le château de la cité pour frapper à la porte de l'Agora. Comme personne n'entendit, il déposa sur le panneau prévu à cet effet un message : "moi, Fox, résident de Kipie désire devenir citoyen". Sa demande étant faite, et fier de l'avoir déposée, il jeta un coup d'œil sur le magazine "Alternative". Les lecteurs pouvaient répondre à une question "La citoyenneté: pour vous quel est son rôle ?" .

Il se prit à y réfléchir. Il espérait pouvoir un jour pouvoir annoncer :"je me nomme Fox, citoyen de Kipie!".

Mais pour l'heure il fallait qu'il pense à passer son diplôme de marin car pour pouvoir voyager avec un lougre c'était nécessaire. Il se rendit à l'embarcadère et loua une barque. Il aimait se retrouver au milieu de la mer, sous le soleil. Il avait l'impression que sur l'eau la mémoire lui revenait. Si il s'assoupissait, il voyait des visages et particulièrement le visage d'une jeune femme et d'un bébé. Les avait-il connus ?


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Gaïllâa an 163





Chapitre 2
Le départ


Fox avait obtenu la citoyenneté par l'agora de Kipie. Il avait hâte que les élections commencent pour qu'il puisse, pour la toute première fois de sa vie, se rendre au bureau de vote.

Depuis quelques temps, il ne dormait pas très bien. Ses rêves étaient très agités. Les visions, qu'il avait en mer, habitaient désormais ses rêves. Dans l'un d'eux, la jeune femme lui avait parlé, mais n'avait pas utilisé son nom. Elle reprenait sans cesse la même question : « Charles ! Pourquoi nous as-tu abandonnés ? ». Le bébé qu'elle avait dans les bras pleurait. Il n'aurait su dire si l'enfant était une fille ou un garçon.

Il avait donc fini par penser que l'amnésie, dont souffraient tous les Kiponais, n'était pas totale pour lui et que ces images venaient du passé. Elles étaient ancrées dans sa mémoire ; souvenirs d'un autre monde.

Lorsqu'il avait abordé la question avec quelques membres des groupes qu'il côtoyait, tout le monde le mettait en garde : « Attention à toi Fox, le suicide te guette ! ». Il n'y eut qu'une seule personne, enfin pas vraiment une personne, qui prêta une oreille attentive à ses récits : l'hérissonne Laufa. Elle lui conseilla d'aller à l'Hôpital Central de Kiponie afin d'y rencontrer Dame Faresc qui pouvait probablement l'aider.

Lorsqu'il frappa à la porte de l'Hôpital, comme à chaque fois dans un nouveau groupe, il fut très bien accueilli. De jeunes infirmières s'inquiétèrent tout de suite de sa santé.

« Tu as une baisse de forme Fox ?
- Non, non, merci. Je cherche Dame Faresc.
- Dame Faresc ? Elle ne devrait pas tarder, elle passe toujours par ici. Installe-toi confortablement en attendant.
- Merci beaucoup ! Je vais l'attendre. ».

Il ne dut pas attendre longtemps. Dame Faresc arriva, l'air pressé. Elle était assez petite et portait une fleur dans les cheveux. Elle arborait un large sourire.

« Que puis-je pour toi ? Oh ! Je manque à mes devoirs je me nomme Faresc, ajouta-t-elle confuse.
- Je me présente, Fox citoyen de Kipie. Je suis un jeune naufragé et j'ai depuis quelques temps un petit souci.
- Baisse de santé, coup de froid ? Je t'écoute.
- Non, de ce côté là tout va bien. Je me nourris correctement chaque mois et n'hésite pas à manger du lichen afin de préserver ma santé.
- Alors de quoi s'agit-il ?
- Je fais des rêves qui viennent de mon passé je crois.
- De ton passé ? Hum ! Intéressant. Amnésie partielle donc. C'est assez rare. Sauf pour les gens proches du suicide pensa-t-elle sans mot dire.
Avec curiosité Faresc demanda:
"Quel est ce rêve ?
- Je suis en train de nager vers le rivage. Au loin je vois une silhouette aux formes grossières. Au plus je m'approche, et entre chaque respiration, la silhouette se dessine et je peux dire tout d'abord que c'est une femme puis une femme qui porte dans les bras un bébé... Je me retrouve dans une chaumière sans comprendre comment je suis arrivé là. La femme a un regard désespéré... Ensuite je suis sur le chemin et cette femme hurle après moi "Charles ! Pourquoi nous as-tu abandonnés ?" ...Et je cours, je cours sur cette route.... Je me retrouve dans une mer déchaînée accroché à un coffre. Une vague plus forte m'emporte vers le fond et là .... Je me réveille en sursaut et bien souvent en nage.
Un frisson parcourut tout le corps de Faresc.
- Tu veux dire un cauchemar.....Revivrais-tu une partie de ton naufrage ? "

Il y eut un silence. Fox regardait Dame Faresc perdue dans ses pensées. Il toussota. « Le jour de mon arrivée deux autres naufragés se sont échoués. Il lui raconta son histoire. Pensez-vous qu'ils puissent être dans le même cas que moi ?
Faresc sursauta.
- Je ne pense pas. Si tu veux en avoir le cœur net et bien rend-leur visite ! Tu peux aller partout à cheval sauf sur Islandsis, il te faudra avoir le diplôme de marin pour faire la traversée en lougre. De toute façon la pêche est un bon moyen de gagner des kipons !"

Fox était surpris que Dame Faresc n'était pas plus étonnée que cela par son histoire.

Il quitta l'Hôpital. Faresc lui ayant promis de se renseigner sur son état et de consulter les archives.

N'y tenant plus, il prépara son départ. Les élections auraient lieu durant son voyage, mais il avait appris qu'il pouvait voter même s'il se trouvait dans une autre cité. De ce côté-là, il pouvait donc faire son devoir de citoyen sans problème.

Après une discussion à la taverne, il apprit que le voyage à pied était très déconseillé. D'une part, on n'était pas à l'abri du brigandage et d'autre part, il était impossible de travailler durant un mois complet. Il avait donc opté, comme tout bon Kiponais raisonnable, pour le voyage à cheval. Bien que pas très résistant le cheval Kiponais rendait quelques services. On pouvait lui mettre une charge de cinquante sacs au moins. Par contre il mourait arrivé à destination. L'aller était possible mais pas le retour. Il ne fallait donc pas trop s'attacher à ses montures, affectivement parlant.

Sur le marché les chevaux étaient ni attachés, ni entravés, car le trait de caractère principal de ces animaux était la docilité. Pour la plupart ils buvaient l'eau de la mangeoire et regardaient les passants d'un regard doux. Parfois l'un d'eux relevait la tête lorsqu'un Kiponais intéressé se renseignait sur leur prix.

Pour Fox, il fut très difficile de faire un choix, car tout le troupeau avait levé la tête vers lui et tentait de le séduire en quelque sorte. En y regardant bien il y avait une exception. Au fond de l'enclos un cheval plus sombre de robe et légèrement plus petit restait à l'écart. Son regard semblait plus vif. Fox se dirigea vers lui et aussitôt, l'animal leva et baissa la tête comme pour dire « oui ». Fox paya le prix demandé et emmena donc sa monture vers sa cabane.

Le petit cheval à l'air mutin, marchait d'un bon pas vers la demeure de son nouveau maître. Fox fut très surpris de voir celui-ci se diriger, sans signe de sa part, vers la porte de la grange. Il avait compris que cette demeure, parmi toutes les demeures de la rue, était la sienne. Fox haussa les épaules en pensant : « Encore un mystère de Kiponie ! ».

Fox prépara les vivres qu'il allait emporter, un outil, emmena son filet qui pouvait encore servir deux fois, quelques tuniques et essaya de trouver le sommeil. Il lista ce qu'il avait mis en place. Les sacs de fumier sur son champ, la pompe à bras ; tout était prêt pour lancer un emploi via l'ATPE au moment des semailles. Il espérait rentrer pour faire la récolte.

Le sommeil ne venant pas, il tourna dans sa demeure en attendant l'aube pour se mettre en route. Il observa le petit cheval à la lueur de la lune et ne put s'empêcher d'imaginer la mort de celui-ci à son arrivée à Pyrrit. On lui avait souvent raconté : «C'est simple quand tu arrives à destination, il faut vite descendre de ton cheval, sinon il s'affaisse et hop tu tombes ! En général, cela se produit à la douane ».

Il était un peu anxieux . Enfin, ce fut l'heure du départ. Il ferma soigneusement sa cabane et monta sur le petit cheval qui avait l'air heureux de se mettre en chemin. Le voyage alla très vite et il se présenta à la douane.

Il avait pris soin de mettre pied à terre au plus vite et regarda le petit cheval qui le regarda en retour, toujours avec son petit air mutin.

Le douanier lui cria : « Laisse-le ! Parfois ce n'est pas instantané ! Tu as quoi dans ta sacoche ? ». A regret Fox entra dans la cabane du douanier. Les formalités terminées, il ressortit. Le petit cheval était toujours là, à l'attendre. N'y comprenant rien, il le prit par la bride et marcha à ses côtés pour entrer dans la cité. Il le laissa devant la taverne où il entra.

« Bonjour ! Quelqu'un connaît-il Cosmo ?
- Tu es un de ses amis ? Demanda un colon. Si c'est le cas passe ton chemin !
- Pas exactement dit Fox. Je le cherche, car je dois lui demander quelque chose.
Tous les colons présents dans la taverne se mirent à rire.
- Alors mon gars ... Bonne chance ! On ne « demande » rien à cette fripouille. »

Fox n'ajouta rien, car il avait compris que Cosmo n'était pas apprécié. Il sortit et vit le petit cheval se diriger vers lui.
« Tu es encore là ! lui dit-il, en lui caressant le museau.
A sa grande stupeur le petit cheval lui répondit : « Je t'attendais ! »


*************


Brumea 163




Chapitre 3
Kartajan



Fox ne savait pas trop comment réagir face à son compagnon de route « parlant ». Il évita de passer devant la douane où le douanier pouvait reconnaître l'animal qui devait être théoriquement mort.

La première réaction de Fox fut de cacher le petit cheval et de lui trouver un nom.

Il s'approcha du petit cheval et tout en le caressant demanda: « Comment vais-je te nommer ?
Le petit cheval se redressa fièrement et dit : j'ai un nom ! Je me nomme Kartajan !
- Mais qui t'a donné un nom ? répondit Fox surpris.
- Ma mère pardi ! C'était une superbe licorne, elle faisait partie des premiers troupeaux qui ont peuplés la Kiponie. Elle était de race noble !
- Mais tu n'as pas de corne !
Kartajan prit un air plus humble. Je sais que je n'ai pas de corne, mon père lui n'était pas de sang noble, c'était un cheval sauvage du Nord.
- Que faisais-tu dans le troupeau du marché alors ?
- C'est une très longue histoire si tu as le temps je te la raconte.
- Cela n'a pas trop d'importance pour l'heure, tu me raconteras cela plus tard. Je dois trouver vingt planches au plus vite.
Kartajan tapa du sabot, d'un air mécontent.
- D'accord on verra plus tard ».

Fox en se dirigeant vers le marché essaya de prendre en compte toutes ces informations. Il fallait cacher Kartajan au plus vite et surtout construire une cabane avant la nuit. Il y avait un aspect financier à cette construction car en Kiponie chaque cabane construite dans une autre cité que celle de sa résidence vous donne droit à la prime de colonisation de 5 k$ par cabane et par mois. Cela ne serait pas négligeable surtout que le marché de Pyrrit était, certes bien achalandé, mais surtout très cher.

Tout en se dirigeant vers les étals des menuisiers, il demandait aux passants où on pouvait trouver Cosmo. Très souvent les têtes se détournaient sans répondre, à l'exception d'un jeune colon qui dit en tremblant : «Tu le trouveras au port il y passe le plus clair de son temps ! ».

Les planches harnachées sur les flancs de Kartajan, il chercha un endroit pour y faire sa cabane. C'est en apercevant les prairies qu'il pensa la faire à proximité, ainsi il pourrait laisser Kartajan dans l'une d'elle, s'il faisait connaissance avec l'un des propriétaires. Aux abords des enclos, Kartajan demanda : « Tu veux que je leur demande à qui ils appartiennent ?
-Tu lis dans mes pensées ?
- Non pas vraiment, mais si on se dirige vers les prairies c'est sans doute pour moi et il se trouve que je peux parler avec les juments mes cousines. Leur langage est un peu plus rudimentaire, mais on se comprend.

Fox haussa les épaules, résigné et lui dit, alors va, pendant que je construis ma cabane ici, près de ces buissons d'épineux qui couperont le couloir du vent.

Kartajan fila vers les prairies. Il avait une jolie foulée bien cadencée et il devait être redoutable au grand galop. Il commença par regarder les juments. Il s'adressa à l'une du premier enclos, mais afin d'éviter ce propriétaire car elles avaient l'air bien malingre.

"ho ! Là ! Belle jument !"
La petite jument leva un regard malheureux vers le fringuant cheval qui se présentait à elle. A son allure elle comprit qu'il était de race noble. « Puis-je t'aider ?
- Qui est donc ton propriétaire
- C'est le sieur Cosmo et je te conseille de passer ton chemin, car si tu restes ici, tu risques de perdre ta fière allure.
Flatté, le petit cheval hennit. "Dans l'enclos voisin les juments ont l'air plus grasses."
La petite jument donna un coup de sabot sur le sol de sa patte avant un peu agacée. "Je le sais bien et je n'ai pas eu la chance de m'y trouver. La prairie est à Dame Faresc. D'ailleurs elle a mis la mangeoire au plus près de notre prairie afin que l'on puisse ramasser quelques miettes d'orge et de seigle. Demande à la jument au fond près de l'arbre, celle qui a une crinière blanche. Elle te dira où tu peux la trouver .
- Merci. Si je trouve quelques pommes je t'en apporterais ! ».

Il partit au petit trot vers la jument qu'elle lui avait indiquée. Au plus il approchait, au plus son cœur se mit à battre, elle était de toute beauté. Sa robe était d'un jaune proche du doré et ses crins presque blancs. Elle leva la tête vers lui, lorsqu'il fut à quelques foulées. Il s'arrêta l'espace d'un quart de seconde et reprit son approche au pas.

« Bonjour, dit-il ému
- Bonjour, répondit la jument le regard brillant.
- Peux-tu me dire le nom de la propriétaire de cette prairie ?
- Dame Faresc, si tu cherches où dormir elle t'autorisera sans doute à rester quelques temps à l'écurie. Seulement il faudra lui demander le mois prochain car elle est déjà passée.
- Merci honorable jument.
- De rien »

Le petit cheval noir repartit en musardant vers la cabane qui devait être finie. Il ne cessait de penser à la jeune jument. Tout lui paraissait plus beau, les arbres, le soleil, le ciel et même la petite cabane de Fox !

Fox lui demanda : « Alors !? »
Kartajan lui répondit . « il faut attendre demain et demander à une certaine Faresc !"
Fox sourit, il lui restait à sortir un pigeon de la cage qu'il avait emportée et à rédiger un message.

La réponse fut rapide et Kartajan pouvait loger dans la prairie.

Ce problème étant réglé et sa cabane construite, il était temps pour lui de se restaurer et il se dirigea vers l'auberge. En passant il alla installer Kartajan dans son box. Le cheval semblait très heureux de se retrouver à l'écurie.

Après un bon repas, il prit la direction du port.

A son arrivée il comprit. Tout ce qui avait été dit sur Cosmo n'était que vérité. Quand il l'aperçut le gros homme s'adressait aux marins des quais:
"Vous, n'êtes que des incapables, je vous avais dit l'orge dans ce lougre et le chanvre dans celui-là. Plus bêtes que des ratons baveurs! Vous n'êtes pas plus malins que ces sales bestioles!
Mais qui m'a envoyé ces imbéciles, j'avais demandé des marins compétents...." Il vociférait des insultes, des menaces, donnait des coups de pieds aux trainards. Jamais Fox n'avait vu un homme se comporter de la sorte en Kiponie. Il avait bien envie de passer son chemin pourtant il fallait qu'il lui parle.


*************


Pluvea an 166



Chapitre 4
Cosmo


Sur les quais du port de Pyrrit, Fox s'avança vers Cosmo quand il vit arriver deux individus encapuchonnés. Ils se dirigèrent vers l'homme costaud et trapu d'un pas déterminé. Fox s'arrêta et resta en retrait. Il entendit des mots qui n'avaient que peu de sens pour lui.
"Ta commission sera de 10 % ......bah! à des petits jeunes qui ont cru faire une affaire!"
Les compères disparurent. Fox s'approcha.
"Que fais-tu là ? Tu crois que tu vas avoir ton pain en regardant les autres travailler, lui cria Cosmo. Prends donc ces trois sacs et descends-les dans la cale. T'as perdu ta langue. Ma parole, cria-t-il aux alentours, il y a un muet maintenant!" Il se mit à rire bruyamment. Sa poitrine faisait de gros soubresauts.
Ce rire. Fox était pétrifié. Il avait déjà entendu ce rire. Soudain la sueur perla sur son front et il se vit accroché à la barre du perroquet du grand mât de « l'Aigrette ». Quand le rire stoppa sa vision s'envola.
Il reprit ses esprits. "Je ne suis pas un marin des quais. Je me nomme Fox et je suis Kipien.
- La belle affaire, et tu me veux quoi le Kipien. Tu as quelque chose à vendre ?
- Non, je pense que nous avons fait naufrage le même jour et.....
- Qu'est-ce que tu me racontes. J'ai toujours vécu ici mon gars et les histoires de naufragés, ne sont que des balivernes pour les buveurs de cervoise.
- Vous n'avez jamais de...., Fox hésitait, rêves de votre ancienne vie ?
- Puisque je te dis qu'il n'y a pas d'ancienne vie, t'es bouché ou quoi ? Bon j'ai à faire !" Il fit un geste de la main comme pour chasser un moustique.

Fox n'insista pas. Il retourna vers sa petite cabane. Il avait la ferme intention de passer son diplôme de marin pour acquérir un lougre seule manière d'aller à Islandsis. Il n'avait plus qu'un seul espoir rencontrer Phil, le troisième naufragé. Il était inutile de revoir Cosmo, ce personnage n'était que roulure et magouille pour spéculer sur le dos des jeunes naufragés. A son retour il en parlerait aux autorités.
***


Pendant ce temps, Cosmo appela l'un de ses sbires. "Suis-le et viens me dire tout ce qu'il fait et où il va. Je veux tout savoir. Tu seras récompensé, si tu fais bien ton travail par une belle bourse de kipons."
Cosmo était inquiet, ce Fox pouvait l'empêcher de faire des affaires. Ce gringalet n'allait pas détruire ses petites transactions juteuses. Il n'était pas question qu'il retourne à son ancienne vie, même s'il n'en avait aucun souvenir.
***


En chemin, Fox repensait à la vision qu'il avait eu. Un bateau :"l' Aigrette". Que faisait-il à bord ? Il avait fait naufrage, mais où allait-il ?
Ses réflexions s'arrêtèrent lorsqu'il trouva Kartajan devant la porte. Il avait un air bizarre, si l'on peut dire cela d'un cheval.

Le petit cheval noir piaffait d'impatience. Quand il aperçut Fox, il trottina jusqu'à lui.
« J'en ai retrouvé une, lança l'animal
- Tu as trouvé une... quoi ?
- J'ai retrouvé une jument qui peut être sauvée. C'est incroyable ! »

Fox interloqué et encore troublé par sa vision, ne comprenait rien au bavardage de Kartajan. « De quoi me parles-tu ? Sauvée de quoi ?
-Tu ne peux par comprendre, affirma ce denier de plus en plus nerveux, il faut que je te raconte. Assieds-toi ! »

Fox comprit que le petit cheval ne le laisserait tranquille qu'après l'avoir écouté. Il prit donc une chaise et s'installa devant la porte, sans oublier de se munir d'une bonne cervoise.

« Il faut que je te parle du commencement.
Sur les continents vivaient il y a bien longtemps des licornes par milliers. Elles vivaient en harmonie avec les hommes, jusqu'au jour où ces derniers inventèrent la chasse. Ils chassèrent d'abord les petits animaux, puis les marcassins. La chasse devint, au fil des kipo-années, un rite, parfois même un rituel. Et les hommes voulurent montrer aux autres hommes des autres clans leur plus grande habileté à la chasse. C'est ainsi qu'ils en vinrent à chasser les licornes. Ils en chassèrent tant et tant qu'un jour il n'en resta qu'une seule. Les hommes la convoitèrent et la traquèrent pendant plusieurs kipo-années.

Un jour, ils l'acculèrent au bord d'une falaise. La licorne, apeurée, épuisée par cette longue traque que les hommes n'avaient eu de cesse de mener, s'approcha tellement du bord qu'elle tomba. L'océan venait fracasser ses vagues au pied même de cette immense muraille de calcaire. Et la licorne sombra dans ces eaux glacées. Mais la dernière Licorne n'avait pas péri noyée.
(extrait de la licorne de Kiponie – Johanna9402).


- Je connais cette histoire, l'interrompit Fox
- Ah ! Dit Kartajan avec surprise.
- C'est dans mon livre à la licorne.
- Bon ! Bon ! Qu'importe tu ne connais pas l'histoire de ma grand-mère la sœur cadette de la licorne qui a survécu dans la noyade.
- On ne parle que d'une seule licorne, que me racontes-tu ?
- Ah ! Personne ne le sait, mais elles étaient deux ! »

Fier de son petit effet, il regarda Fox qui commençait à s'intéresser à son récit.
« Ma grand mère s'appelait Rêveuse . Elle portait bien son nom, car elle musardait à longueur de temps. Un jour, elle découvrit que vers les hauteurs de Gypsis, en direction de la vallée du Cinabr, vivait un troupeau de chevaux. Jamais une licorne ne parlait à un cheval ; sauf ma grand-mère. Leur langage est moins élaboré que le nôtre et ils ne peuvent pas parler aux humains, en général.
Il observa l'effet de sa dernière remarque.
- ça je l'ai déjà constaté, dit Fox d'un air moqueur
- Bref ! Le jour de la grande chasse, elle était à flâner avec mon grand père. Les chevaux ne se donnent pas de nom, alors elle le nomma Fougueux . Quand, elle entendit les cris des hommes fous de rage qui s'invectivaient, qui hurlaient à la mort en traquant ce qu'ils pensaient être la dernière licorne. Elle fonça en direction des cris, restant prudemment à l'abri des regards. Mais, elle le savait, sa sœur courait un grand danger. Quand elle arriva, impuissante, elle la vit tomber dans l'océan sans pouvoir intervenir.

Ce retrouvant seule elle rejoignit Fougueux. Le clan de Fougueux ne l'accepta pas et ils furent bannis du troupeau. Quelques temps plus tard, naquit mon père puis ses trois sœurs. Un cheval peu ordinaire puisqu'il pouvait parler le langage des hommes. Les trois juments n'avaient pas ce pouvoir. Aucune licorne, que des chevaux.
- C'est une bien belle histoire, mais pourquoi tu n'es pas mort après notre voyage ?
- J'y viens. Certains d'entre nous ont du sang de licorne et d'autres pas. Nous le découvrîmes à la venue des premiers naufragés en l'an 0. Les juments élevées par les colons donnaient naissance à des chevaux qui mourraient dès la fin du premier voyage. Tout cela était un mystère pour nous, mais aussi une condamnation irrémédiable pour mon peuple.
Par je ne sais quel miracle certains d'entre nous survivaient ; et tous venaient de la lignée de la licorne. On s'aperçut qu'ils pouvaient donner la longévité aux chevaux ordinaires en formant un couple. Mon père que l'on nomma Sombre rencontra une jument qu'il nomma Palomina . Pour la sauver mon grand-père dut s'adresser au patriarche du troupeau et échanger la jeune Palomina contre l'une de ses filles. Une fois réunis Sombre et Palomina donnèrent naissance à Kartajan ! Ma mère gagna aussitôt sa longévité.
- Et ? Dit Fox amusé, car il commençait à comprendre.
- Dans l'enclos de Dame Faresc il y a une jeune jument que je peux sauver, j'en suis certain. Il ne faut pas qu'elle soit vendue."

Fox sourit amusé par le regard malicieux de son cheval. Il prit donc sa plume et envoya un pigeon à Dame Faresc. Il n'avait pas fini d'être surpris par Kartajan, il en était convaincu.

La nuit était tombée. Kartajan avait regagné son enclos et sa nouvelle amie. Fox quant à lui, eut du mal à s'endormir. Il revoyait l'Aigrette quittant un port , mais ne savait lequel. Il fit son cauchemar de la femme et l'enfant. Il se réveilla plusieurs fois en nage et avec des difficultés à respirer tant l'angoisse le tenaillait. Avait-il abandonné sa famille ?



*************





Chapitre 5
Bientôt la traversée !


Le voyage fut bon. Des vents violents l'avaient poussée jusqu'à Pyrrit en un temps record. Dame Faresc demanda aux marins de décharger les sacs d'orge qu'elle avait apportés pour ses bêtes.

Elle avait donné rendez-vous à Fox près des écuries. Il l'attendait.

« Bonjour Dame Faresc !
- Bonjour Fox, comment vas-tu ?
- Je dors toujours mal, mais ça va.
- J'ai quelque chose à te proposer, mais avant cela voyons pour Kartajan c'est bien son nom ?
- Oui, répondit Fox un peu gêné, il faut que je te raconte par le début ».

Il se mit en devoir de raconter l'histoire de Kartajan. Le fait qu'il n'était pas mort à son arrivée à Pyrrit, qu'il pouvait lui parler et qu'il pouvait sauver une jument de l'élevage de Faresc d'une mort certaine.

«C'est amusant, sourit Faresc, s'il s'agit de la jeune pouliche là-bas, je ne suis pas surprise. Les jours de marché, elle se tenait à l'écart et personne ne voulait l'acheter. Il y a longtemps qu'elle se trouve dans l'enclos. Allons voir ton cheval, j'ai hâte de l'entendre parler. »

Ils se dirigèrent vers le couple de chevaux.

Le fringuant Kartajan interpella tout de suite Faresc.
« Alors c'est oui ?
Un peu surprise elle acquiesça.
- Je n'y vois aucun inconvénient. Ton histoire est surprenante.
- Je sais. Merci Dame Faresc. Nous allons partir vers le Nord, mais pouvons-nous rester un peu pour prendre des forces pour le voyage ?
- Si la pitance te convient pourquoi pas !
- Je suis heureux Dame Faresc, vous êtes une grande Dame.
- C'est bien la première fois que l'on dit que je suis grande !» Et elle éclata de rire.

Kartajan partit avec une cadence sautillante vers Palomina.

Faresc et Fox se dirigèrent vers la cabane de ce dernier. Fox en profita pour lui expliquer un peu sa rencontre avec Cosmo. Il lui confia les soupçons qu'il fondait quant à son commerce. Il avait fini son diplôme de marin, il était prêt pour le départ. Par contre il devait lui parler d'un sentiment qu'il avait depuis quelques temps.

Il avait réussi à rendre agréable sa demeure rudimentaire.
« Je n'ai pas de fauteuil confortable ici, je te prie de m'excuser.
- Ma cabane n'est pas mieux Fox, ne t'inquiète pas une chaise me va très bien. »
Il lui servit une cervoise.

Il y eut un instant de calme et de silence. Ils dégustaient leur breuvage avec plaisir. Quand soudain ils entendirent un craquement sinistre. Fox fonça vers la porte, attrapa un gros gourdin et sortit prêt à taper s'il le fallait. L'homme l'aperçut et en un éclair comprit qu'il lui fallait partir en courant. Ce qu'il fit.

Fox lui cria : « Reviens ! Je veux te parler ! Tu travailles pour qui ? »

Lorsqu'il entra de nouveau dans la pièce, il retrouva Faresc debout près de la fenêtre. Elle avait vu toute la scène et paraissait très surprise.

Fox s'expliqua : « Depuis quelques temps chaque fois que je sors de chez moi, j'ai la sensation d'être suivi. C'est pourquoi j'ai mis du bois sec près de la fenêtre et de la porte, ainsi si on marche dessus le bruit m'avertit de la présence d'un individu. Il n'est jamais venu aussi près, sans doute par ce que vous êtes là ».

***


L'homme courut aussi vite et aussi longtemps qu'il le pouvait. Il arriva au port essoufflé et tremblant de peur. Sa peur se décupla lorsqu'il vit arriver Cosmo.

« Qu'as-tu à me raconter morveux ? Dit le gros homme à l'air méchant.
Ne pouvant parler sans hacher ses mots suite à l'effort qu'il venait de fournir, il balbutia des mots incompréhensibles. Cosmo s'agaça et le bouscula par une frappe à l'épaule. « Tu vas parler correctement triple buse ?! ».

L'homme recroquevillé sur lui-même, le regard au sol, se reprit et fit son rapport.

« A la taverne j'ai appris qu'il passait son diplôme de marin pour aller en face à Islandsis. Il cherche un certain Phil. Il serait arrivé en même temps suite au naufrage du bateau « l'Aigrette ».
- Mais encore ? cria Cosmo
- Il a demandé qui était juge dans le secteur et a fait venir Dame Faresc. D'ailleurs il est avec elle en ce moment. »

Le jeune colon s'arrêta de parler et se tassa encore un peu plus, attendant visiblement qu'on le frappe.

Cosmo pensa, le menton dans la main « Il va me causer des ennuis celui-là j'en suis certain. Un juge ? Pour mon trafic sans doute. Dame Faresc que vient-elle faire ici ? Il n'a pas l'air malade ? Pour lui prêter un lougre sans doute »

Il regarda le jeune homme. « Tu sais naviguer avec un lougre ?
- Non Sieur Cosmo, je ne sais pas nager, ni pêcher. Il enroula le bras autour de sa tête comme pour se protéger
- Je vais devoir faire le déplacement. Il faut l'empêcher de voir ce Phil. Tu vas te renseigner sur le lougre qui lui sera prêté par Dame Faresc et je veux qu'il n'atteigne pas Islandsis. Tu m'as compris ? Disparais de ma vue espèce de larve. »
Le jeune homme tendit la main timidement. Cosmo ignora son geste et s'éloigna en éclatant de rire.

***


Pendant ce temps Fox et Faresc se remettaient de cette intrusion.

« Je vais essayer d'en parler à un juge pour Cosmo, déclara Faresc. Maintenant il faut que je te parle de tes cauchemars. En fais-tu encore ?
- Oui ! Ils sont toujours là ! Je vois un bateau maintenant.
- Cela paraît normal nous venons tous de la mer. Visiblement quand tu es entré dans le brouillard qui entoure, au large, la Kiponie, tes souvenirs ne se sont pas tous effacés comme je te le disais. J'ai peut-être une solution pour toi.
- Laquelle ?
- Voilà, il y a bien longtemps maintenant, j'ai eu la visite d'une magicienne et d'un magicien ; Altariel et Tarkûn. C'est une longue histoire, mais sache que j'étais très attachée à Tarkûn. Lorsqu'il est parti, je l'ai beaucoup pleuré et un jour il est revenu avec cette fiole. Faresc, sortit une fiole aux couleurs teintées de mauve. Un élixir de « l'oubli » dit-elle.
- Un élixir d'oubli, répéta Fox comme fasciné.
- Voici ce qu'il m'a dit. « Si c'est trop dur pour toi d'avoir en toi le souvenir des jours passés ensemble, bois cet élixir, il te fera oublier tout ce qui te peine et tout ce qui te fend le cœur. Tu ne te souviendras que de ce qui t'apaise et tu continueras ton chemin l'âme en paix ». Je ne l'ai jamais prise car je préfère chérir mes souvenirs. Dame Faresc sourit. Mais toi cela pourra t'apaiser, alors tiens, prends.
- Merci, mais je ne sais que dire. Quand devrais-je la prendre ? Interrogea-t-il d'un air solennel
- Quand tu auras fait le choix de ne plus te torturer. Je pense que cela sera une fois que tu auras rencontré Phil. »

Ils se mirent en chemin pour le port ; Faresc devait continuer vers Kipie.
Arrivée au quai elle désigna « le Colibri »

« Voici ton embarcation !
Fox lui tendit la somme de la caution de la location.
- Tu auras une facture à ton retour lorsque nous aurons passé en revu l'état d'usure du bateau. Bon vent mon jeune ami ! »

Elle embarqua sur « le Gypsote » et disparut.

Fox décida de reporter son départ au lendemain. Il allait embarquer les filets à poissons que Faresc lui avait confiés pour le marché d'Islandsis et les matières premières qu'il avait ramassées : pépites de fer et blocs de cailloux. Au bout d'un moment, il se sentit de nouveau observé, mais lorsqu'il se retourna, il ne vit personne.

Après son travail dans une charpenterie de la cité, il alla voir Kartajan pour l'informer de son départ.

Kartajan vint à sa rencontre. Volubile comme à son habitude il lança : « Je suis le plus heureux des chevaux mon ami ! Palomina est heureuse aussi maintenant il faut que nous fassions route vers « les troupeaux libres » du Nord.
- Je pars demain à l'aube quant à moi.
- Ah ! Fit le petit cheval soudain d'humeur assombrie.
- Tu seras encore là à mon retour ?
- Cela dépend de la durée de ton voyage. Nous voulons partir avant la période de gel.
- C'est que je ne peux dire combien de temps je vais rester sur Islandsis. Dit Fox un peu gêné.
- Nos routes se séparent donc. Merci pour tout Fox ! Je reviendrai te voir du côté de Kipie peut-être ?
- J'espère que l'on se reverra, mais je ne peux rien te promettre.
- Alors adieu ! Essaya de dire Kartajan avec désinvolture.
- Portez-vous bien ! » dit Fox d'un air triste.

Ils se séparèrent. Fox caressa une dernière fois la tête noire de Kartajan. Finalement, il s'était attaché à lui. Il espérait vraiment qu'ils se retrouveraient à nouveau.

Après une nuit de sommeil, calme pour une fois, il se dirigea vers le port. Il touchait au but.



*************


Eolia an 169





Chapitre 6
L'oubli

Le jeune colon ne savait vraiment pas comment s'y prendre pour saboter le lougre. Il avait pris une scie à tout hasard, mais à quoi elle lui servirait, il n'en avait aucune idée. Il essaya d'éviter les lueurs de la lune et se glissa à bord du « Colibri » . Cosmo avait été clair ; « il ne doit pas arriver à Islandsis ! ». Il était sur le pont et regardait gauchement autour de lui. Il se dit que si le mât cassait, cela devrait faire de gros dégâts. Il commença donc à le scier le grand mât, sans trop savoir si cela serait efficace. Son labeur dura toute la nuit.

Lorsqu'il descendit du lougre, il aperçut au loin l'embarcation de Cosmo prendre la mer. Il respira plus librement, cette crapule n'était plus en ville.

***


Cosmo s'était levé tôt. Il voulait absolument empêcher Phil de rencontrer ce Fox. Il pourrait le bâillonner et le mettre au fond de la cale, personne ne penserait à vérifier. Le transport de passager n'existe pas en Kiponie. Il le transporterait dans un sac de toile ainsi, tout le monde penserait qu'il s'agissait d'un sac de céréales. Il se sourit. Il allait encore jouer un mauvais tour et il adorait cela.

La mer était calme et il était vraiment agréable de naviguer. Soudain, le ciel s'assombrit. Des nuages se formèrent. Le ciel s'ouvrit et une lumière en jaillit projetant un rayon sur le bateau de Cosmo. Le temps s'arrêta, les flots également. Tout était figé. Pas de vent, pas de vague, pas un seul mouvement. Cosmo entendait le rythme de son cœur s'accélérer. Une voix grave retentit :

« Par la loi du grand IS, je te bannis ! Toi, Cosmo pour une durée indéterminée.Tu resteras ici, en ce lieu, et ne pourras en bouger ! J'ai dit ! Qu'il en soit ainsi ! ».

Le ciel se referma. Tout resta figé. Toujours pas de vent, ni de vague, ni de mouvement. Cosmo marchait de long en large et comprit qu'il ne changerait pas de place avant un bon moment. Il s'affaissa sur le pont et prit sa tête entre les mains. Ses mains agrippèrent ses cheveux. Fou de rage il regarda le ciel et cria : « J'en ai que faire de tes lois !! ». Mais il sut que pour lui tout était fini. Son sort en était jeté. Il finirait sans doute par mourir de faim ou de soif, à moins qu'il ne trouve un moyen de s'enfuir.

***


Notre jeune colon, apprenti saboteur, sortait de la taverne lorsqu'il apprit la nouvelle. Le tavernier, non content, hurla dans la salle presque de joie, tant Cosmo était connu pour ses méfaits : « Cosmo, vient d'être banni du Territoire !!! Tournée générale !!! ».

Aussitôt, le jeune colon pensa au Colibri. Il courut jusqu'au quai afin d'empêcher Fox de monter à bord, mais lorsqu'il arriva, il était trop tard ; Fox était parti. Il pensa prévenir Dame Faresc, mais comment allait-il lui expliquer qu'il travaillait pour Cosmo. Il ne fit rien que de se lamenter auprès des marins qui ne l'écoutaient même pas. Il retourna donc vers la taverne et fêta l'événement avec les autres, en essayant d'oublier qu'il avait peut-être condamné Fox à un deuxième naufrage. Ce qui le rassurait c'est que la mer le rejetterait sans doute sur l'une des plages de Kiponie. Il en était toujours ainsi.

***

Fox était heureux de prendre le large. L'océan était calme et pour son premier jour de navigation, il valait mieux qu'il en soit ainsi. Faresc lui avait confié, aux détours d'une conversation, que voyager en mer l'apaisait et il comprit qu'elle n'avait pas tort. Tout se passa à merveille et il accosta au port d'Islandsis de belle manière. Il n'en était pas peu fier.

Pieds à terre, il s'empressa de se diriger vers le marché et d'installer ses marchandises sur les étals prévus pour les voyageurs de commerce. Il parla à ses voisins et demanda où était Phil. On lui apprit que Phil était le jeune homme qui vendait son lichen près du tas de planches dans le fond du marché. Fox l'observa. Il ne le reconnaissait pas, mais une chose était certaine ; il lui semblait sympathique.

Il se présenta devant l'étal du jeune homme.

« Bonjour ! Dit-il,
-Bonjour Monsieur, vous êtes du continent ?
-Oui, je suis Kipien. Dis-moi le lichen se vend bien ? Cela n'a pas l'air bien appétissant.
-Le lichen c'est la vitamine de Kiponie ! affirma Phil. Il sert aux aubergites, aux apothicaires pour les potions contre les coups de froid entre autre et consommé à la maison il vous donne de la santé supplémentaire. Il faut en faire des cures, rien de tel pour passer l'hiver.
Fox sourit, tu peux m'en donner deux sacs si tu veux bien, je vais essayer.
-Tu ne le regretteras pas tu vas voir, tu vas de sentir en pleine forme !. »

Les deux hommes continuèrent à converser de choses et d'autres. Ils avaient connu l'autocratie tous les deux et ils en discutèrent. Il parlèrent surtout du retour à la démocratie. Fox ne dit rien des motivations de sa venue sur l'île.

Il construisit une cabane, non loin de celle de Phil et ils devinrent très vite des amis. Phil avait investi dans la terre et avait deux champs. Naturellement à la période des semailles il employa Fox. Le travail aux champs les rapprochèrent encore plus. Ils évoquaient leurs craintes de l'avenir, leurs projets, et aussi les femmes.

Fox continuait à avoir des cauchemars, mais il s'était résigné à se réveiller plusieurs fois par nuit.
Depuis un an maintenant, il vivait sur l'île et il commençait à avoir le mal du pays car depuis son départ de Kipie plus de deux ans s'étaient écoulés.

Un soir à la veillée, il posa des questions à Phil. « Tu te souviens de ton arrivée ici et de l'endroit où tu vivais avant de faire naufrage ?
-Avant le naufrage non ! Le plus lointain souvenir est mon réveil sur la plage avec mes vêtements déchirés. J'avais une bourse en cuir bien remplie à mes côtés. J'ai aperçu le marché, acheté une nouvelle tunique et un gars m'a proposé de travailler dans sa menuiserie. Le lendemain il me faisait un prix sur les planches fabriquées et voilà elles forment toujours ma cabane ». Il tapa de la main sur le mur.

Constatant qu'il était inutile de l'ennuyer avec son histoire Fox ne dit rien, mais lui annonça qu'il partirait le lendemain. Les adieux furent difficiles. Fox incita Phil à passer son diplôme de marin pour qu'il puisse venir à son tour à Kipie.

Fox vit s'éloigner Islandsis du haut de la dunette. Il avait renoncé à comprendre et avait décidé de prendre la potion d'oubli que Dame Faresc lui avait confié. Il descendit dans la cabine et s'allongea sur la couchette. Il but le breuvage au goût amer. Attendit. Mais ne ressentit rien sauf une grande fatigue. Il s'endormit.

Ce qu'il vit n'était pas un rêve. Pourtant il dormait. Il se retrouvait dans une ville ravagée par la maladie. Les portes et les volets étaient fermés et une grand croix blanche y était peinte. Il frissonna. Il marchait, un enfant dans les bras, pleurant sa femme et ses autres enfants. Il arriva devant une porte non marquée. Il avait de plus en plus froid. Il laissa l'enfant à une femme blafarde. La femme et l'enfant du cauchemar. Elle ouvrit la bouche et parla, mais il n'y avait aucun son. Il pensa : « Je n'entends rien » et une voix lui dit « Veux-tu savoir ? ». Il se retourna une femme, un ange, une fée était devant lui. « Qui êtes-vous ? » La femme répondit « Je suis l'oubli ». Il prit peur.

Il se retourna à nouveau vers la femme au tain blafard et il entendit : « Reste où tu es Charles ici tout n'est que destruction, j'étais ta seule famille et ne suis plus. Ton enfant n'a pas résisté à la maladie ». Il se mit à pleurer. « Vous n'avez pas survécu non plus, tous les deux ? » . Le chagrin l'envahissait comme une vague du naufrage qu'il avait vécu. Il voulait mourir, ne plus penser jamais. Une main se posa sur son épaule et son désespoir disparu. Elle lui caressa les cheveux et il cessa de pleurer. « As-tu encore à oublier ? »
-Je ne sais pas mes amis peut-être ?
-Tu viens de le retrouver.
-Phil ? John ? Mais oui c'est bien lui !
-Vous serez inséparables désormais. Votre amitié est plus forte que tout. »

Il respirait fort. Il attendit un craquement sinistre et sentit le bateau chavirer. « Non ! Cria-t-il pas maintenant ! » Les vagues étaient de plus en plus hautes et ce mât qui menaçait de tomber. « Je n'en peux plus ! Je n'ai plus la force ! Oubli aide-moi !

De nouveau une main se posa sur son épaule et lui demanda : « désires-tu l'oubli plus que tout ?
-Oui je veux vivre! Vivre ici et heureux
-Tu connaîtras le bonheur et la réussite » dit solennellement la belle jeune femme.

Sa respiration ralentit, la mer se calmait. Il entendit encore la femme répéter ces mots à l'infini : « Que l'oubli emporte tes malheurs et qu'il fasse place à la joie et au bonheur. Que l'oubli emporte tes malheurs et ….. » Les mots étaient de plus en plus lointain. Il respirait de plus en plus calmement. L'apparition avait disparu.

Il se réveilla doucement et s'étira. Le soleil passait par un interstice de la coque en bois. Il se sentait bien et heureux. Il monta sur le pont et pensa que s'était une belle journée pour voyager. Le port de Kipie était non loin. Il rentrait chez lui. Il entendit un bruit de bois quand il vira venant du grand mât. Très vite il aperçut l'entame faite dans le mât et comprit instantanément que cela ne pouvait venir que de Cosmo. Il consolida avec des cordages pour finir le trajet. Mais rien ne comptait plus que la joie de vivre sur ce beau Territoire. Il fallait juste voir combien il pouvait être agréable de vivre ici. Il se souvint de son arrivée sur la plage, son tout premier souvernir. Il pensa à Kartajan courant dans les près du Nord, à Phil qui était son ami et à Dame Faresc qui l'avait aidé.

Il n'était plus seul et peut-être que l'avenir lui permettrait de faire de belles rencontres.

FIN